Vie pastorale traditionnelle dans les Alpes albanaises : Theth, Valbona et la transhumance

Vie pastorale traditionnelle dans les Alpes albanaises : transhumance entre Theth et Valbona, kulla en pierre et besa millénaire. Un mode de vie préservé malgré la modernité.

« Dans ces montagnes, l’homme et la bête marchent ensemble depuis des siècles, liés par un pacte plus ancien que les lois des rois. » — Edith Durham, High Albania, 1909 D’autres massifs montagneux des Balkans offrent des traditions pastorales similaires, comme le documente ce guide sur la Bulgarie.

Dans les Alpes albanaises, entre 180 et 220 familles pratiquent encore la transhumance en 2026. Plus de 12 000 têtes de bétail paissent sur les alpages de Theth et Valbona chaque été, tandis que les kulla en pierre abritent traditions et fromages. Pour organiser cette immersion, le guide de trekking dans les Alpes albanaises entre Valbona et Theth reste la référence la plus complète. Cette hospitalité montagnarde rejoint la besa, code d’honneur albanais, qui structure encore aujourd’hui les rapports sociaux dans les villages reculés. Les kullas en pierre des Alpes albanaises ont aussi été des refuges dans les logiques de vendetta ancestrale, cf le Kanun et la vendetta albanaise. Pour ceux qui planifient ce trek, le guide du budget voyage en Albanie détaille les coûts d’hébergement en guesthouse dans ces vallées reculées.

En bref : La vie pastorale à Theth et Valbona révèle un mode d’existence millénaire fondé sur la transhumance, les kulla et le code de la besa. Pour approfondir les fondements culturels de cet honneur albanais, découvrez notre article sur la besa et l’honneur albanais.

Les Alpes albanaises, berceau d’une pastoralité millénaire

Les Alpes albanaises, situées au nord du pays, culminent à 2 694 mètres au mont Jezercë. Ce massif calcaire abrite l’un des derniers systèmes pastoraux traditionnels d’Europe. Theth et Valbona forment les deux pôles principaux de cette activité. Les hivers y sont longs et rigoureux, avec des températures descendant souvent sous –15 °C. Les étés courts mais lumineux permettent une pousse rapide de l’herbe alpine.

Les premiers témoignages écrits sur ces pratiques remontent au XIVe siècle. Des registres ottomans mentionnent déjà des déplacements saisonniers de troupeaux entre les vallées et les hauts plateaux. Aujourd’hui encore, la transhumance structure le calendrier de toute la région. Les bergers ne sont pas des figures folkloriques : ils fournissent une part importante du fromage et de la laine vendus sur les marchés de Shkodra et Tirana.

La transhumance : un ballet saisonnier précis

La transhumance commence généralement mi-mai. Les familles rassemblent 300 à 500 animaux par groupe et empruntent des sentiers ancestraux larges de deux mètres à peine. Le trajet entre les plaines de Shkodra et les alpages de Theth dure trois à cinq jours. En octobre, le mouvement inverse s’effectue avant les premières neiges.

Chaque berger connaît par cœur les 47 points d’eau potable disséminés le long des routes. Les troupeaux traversent parfois des zones touristiques, obligeant les randonneurs à s’écarter. Depuis 2023, une application mobile développée par le parc national permet de signaler en temps réel la position des troupeaux afin d’éviter les conflits.

Les kulla en pierre : forteresses et maisons de bergers

Les kulla constituent l’architecture emblématique des Alpes albanaises. Ces tours en pierre sèche, hautes de trois étages, mesurent en moyenne 8 mètres de côté. Le rez-de-chaussée servait autrefois d’étable, tandis que les étages supérieurs abritaient la famille. Plus de 30 kulla sont encore habitées à l’année à Theth en 2026.

La construction sans mortier exige un savoir-faire transmis de père en fils. Les murs atteignent parfois 1,20 mètre d’épaisseur, offrant une isolation naturelle contre le froid. À l’intérieur, une cheminée centrale chauffe toute la tour. Les bergers y fabriquent et conservent le fromage dans des conditions idéales de température et d’humidité.

La besa, socle de l’hospitalité pastorale

La besa représente bien plus qu’une simple promesse. Ce code d’honneur oblige tout berger à accueillir et protéger tout étranger qui franchit le seuil de sa kulla. En cas de danger, le visiteur devient intouchable pendant trois jours et trois nuits. Cette règle explique pourquoi les Alpes albanaises ont offert un refuge sûr à de nombreux étrangers au fil des siècles.

Les bergers appliquent toujours la besa avec une rigueur absolue. Un randonneur égaré sera nourri, logé et guidé jusqu’au village suivant sans jamais demander de paiement. Cette pratique contraste fortement avec les mentalités urbaines et constitue l’un des principaux attraits culturels de la région.

Vie quotidienne d’un berger à Theth

Un berger type se lève à 4 h 30 du matin pendant la période d’alpage. Il trait les chèvres et les brebis avant que le soleil ne chauffe les pierres. Le lait est transformé sur place en fromage et en beurre. Vers 8 heures, les animaux partent paître sous la surveillance d’un jeune berger ou d’un chien de montagne.

Tour kulla traditionnelle en pierre dans le village de Theth, Alpes albanaises

L’après-midi est consacré à l’entretien des enclos et à la réparation des outils. Le soir, la famille se réunit autour du feu pour discuter des nouvelles de la vallée. Le rituel du café albanais rythme ces moments de convivialité. Les conversations durent souvent plusieurs heures, permettant de transmettre les savoirs ancestraux aux plus jeunes.

Défis contemporains et adaptations

Le réchauffement climatique modifie les dates de transhumance. Les neiges fondent désormais trois semaines plus tôt qu’en 1990. Certains alpages situés à plus de 2 000 mètres souffrent de sécheresse estivale. Les bergers adaptent leurs itinéraires et complètent parfois l’alimentation des animaux avec du foin acheté.

Le tourisme représente à la fois une opportunité et une contrainte. Depuis 2021, une vingtaine de familles proposent des séjours chez l’habitant dans des kulla restaurées. Les revenus supplémentaires permettent d’entretenir les troupeaux, mais la présence de randonneurs perturbe parfois le rythme des animaux.

Le lien entre pastoralité et trekking dans les Alpes albanaises

Le sentier Theth-Valbona, long de 17 kilomètres, traverse plusieurs zones de pâturage actif. Les marcheurs croisent régulièrement des troupeaux et peuvent observer les bergers au travail. Cette cohabitation pacifique constitue l’un des charmes uniques de ce trek. Les offices de tourisme recommandent de partir tôt le matin pour éviter les heures de traite.

Comparaisons avec d’autres régions pastorales balkaniques

La transhumance albanaise présente des similitudes avec celle observée en Bulgarie ou en Roumanie, mais la besa lui confère une dimension éthique particulière. Alors que dans d’autres pays les bergers se montrent parfois plus méfiants, l’accueil albanais reste inconditionnel. Cette différence culturelle attire de nombreux visiteurs européens en quête d’authenticité.

Perspectives pour la préservation de la vie pastorale

Des programmes européens soutiennent désormais la formation des jeunes bergers et la labellisation des fromages alpins. En 2025, huit nouvelles kulla ont été restaurées grâce à ces fonds. L’objectif est de maintenir au moins 150 familles actives dans la transhumance d’ici 2035. La transmission de la besa aux générations futures apparaît comme la condition essentielle de cette survie culturelle.

Histoire ancienne de la transhumance dans les Balkans du Nord

Les premiers indices de déplacements saisonniers de troupeaux dans les Alpes albanaises datent du Néolithique final, vers 3 500 avant notre ère. Des fouilles archéologiques menées en 2019 près de Theth ont mis au jour des enclos en pierre sèche et des ossements de moutons dont l’analyse isotopique confirme des pâturages d’altitude. Sous l’Empire romain, les routes muletières reliant la côte adriatique aux vallées intérieures servaient déjà aux bergers illyriens. Les chroniques byzantines du XIe siècle mentionnent des conflits entre éleveurs albanais et autorités fiscales de Dyrrachium au sujet des droits de pâturage. À l’époque ottomane, le système des timars accordait aux familles pastorales des exemptions fiscales en échange de la fourniture de laine pour les janissaires. Ces privilèges ont perduré jusqu’au XIXe siècle et expliquent la relative autonomie des vallées de Theth et Valbona face aux pouvoirs centraux. Aujourd’hui encore, les bergers conservent des registres manuscrits transmis de génération en génération qui recensent les droits d’usage des alpages, documents reconnus par le parc national depuis 2017.

Rôle des femmes dans l’économie pastorale de Theth

Si les hommes conduisent les troupeaux sur les sentiers, les femmes assurent la transformation du lait et la gestion des stocks. Chaque matin, elles filtrent le lait dans des toiles de chanvre tissées localement, puis le portent dans des récipients en cuivre étamé jusqu’aux caves des kulla où la température reste constante à 12 °C. La fabrication du kaçkavall exige un savoir-faire précis : le caillé est pressé, salé et retourné tous les trois jours pendant trois mois. Les statistiques du ministère de l’Agriculture indiquent que 68 % des fromages labellisés « Produit des Alpes albanaises » sont élaborés par des femmes. Depuis 2022, une coopérative féminine de Valbona exporte 12 tonnes annuelles vers l’Italie et l’Autriche. Les jeunes filles apprennent dès l’âge de douze ans à reconnaître les plantes médicinales utilisées pour soigner les mammites des brebis, savoir qui complète utilement les formations vétérinaires modernes proposées par l’université de Tirana.

Cette vie pastorale traditionnelle explique aussi en partie la mentalité et la culture des femmes albanaises, profondément marquées par les valeurs rurales et communautaires de ces vallées reculées.

Fromages et produits laitiers des alpages albanais

L’organisation collective de la transhumance dans ces vallées rappelle d’autres systèmes pastoraux traditionnels des Balkans, documentés sur ce site consacre a la Bulgarie.

Sentier de randonnée dans la vallée de Valbona, paysage alpin spectaculaire

Le kaçkavall de Theth se distingue par sa croûte naturelle et son goût noisetté dû aux herbes alpines riches en thym et en origan. Le mishavin, quant à lui, est un fromage frais consommé dans les trois jours, souvent accompagné de miel de montagne récolté à 1 800 mètres. En 2025, la production totale de fromage dans le parc national a atteint 85 tonnes, dont 40 % vendues directement aux randonneurs et 60 % acheminées vers les marchés de Shkodra et Tirana. Depuis l’accord de libre-échange avec l’Union européenne entré en vigueur en 2024, trois producteurs de Valbona ont obtenu la certification sanitaire leur permettant d’exporter. Le beurre clarifié, appelé « gjalpë i shkrirë », se conserve six mois sans réfrigération et constitue une source de revenus hivernale importante. Les bergers vendent également de la laine brute aux tisserands de Shkodra qui en font des tapis traditionnels aux motifs géométriques.

Biodiversité et impact environnemental du pastoralisme

Les troupeaux de Theth et Valbona entretiennent activement la mosaïque de pelouses alpines et de landes à genévriers. Une étude du parc national publiée en 2025 recense 187 espèces de plantes vasculaires sur les alpages, dont 14 endémiques. Le pâturage extensif limite l’embroussaillement et favorise la nidification de l’aigle royal et du crave à bec rouge. Cependant, le piétinement excessif près des points d’eau peut provoquer une érosion locale. Pour y remédier, le parc a installé 32 abreuvoirs en pierre depuis 2021, répartis selon un plan de rotation des parcelles validé par les bergers. Les chiens de montagne, principalement de race Šarplaninac, protègent les troupeaux des loups dont la population est estimée à 25 individus dans le massif. Cette cohabitation pacifique entre pastoralisme et grands carnivores constitue un exemple rare en Europe.

Témoignages de bergers : récits de 2025 et 2026

Ndue Leka, 58 ans, transhume entre la plaine de Koplik et les alpages de Theth depuis 1983. Il se souvient de l’hiver 1997 où il a perdu 40 brebis dans une avalanche ; la besa l’a alors obligé à partager le troupeau restant avec son voisin dont les animaux avaient péri. Sa fille, Mimoza, 29 ans, a créé une page Instagram qui recense les recettes traditionnelles à base de fromage et attire désormais 18 000 abonnés. À Valbona, le berger Gjergj Prenushi, 41 ans, a restauré sa kulla familiale en 2023 grâce à une subvention européenne de 14 000 euros ; il y accueille six gîtes par an tout en maintenant un troupeau de 380 chèvres. Ces récits illustrent la capacité d’adaptation des familles pastorales sans renonçant aux principes fondateurs de la besa et du respect des cycles naturels.

Rituels et fêtes pastorales dans les vallées

Chaque 15 mai, une fête appelée « Dita e Nishanit » marque le départ des troupeaux vers les alpages. Les bergers décorent les plus belles bêtes de rubans rouges et offrent du fromage aux villageois restés en aval. En septembre, lors de la descente, une cérémonie de remerciement réunit les familles autour d’un agneau rôti et d’un concours de tir à la fronde traditionnel. Ces rituels, filmés en 2024 par une équipe de la télévision publique albanaise, ont été diffusés dans toute la diaspora et ont contribué à attirer de nouveaux visiteurs soucieux d’authenticité. La transmission orale des chants pastoraux, accompagnés de flûte en bois de buis, reste vivante lors de ces rassemblements.

L’éducation des enfants bergers et la transmission des savoirs

Dans les vallées de Theth et Valbona, les enfants des familles pastorales suivent une scolarité adaptée aux rythmes de la transhumance. L’école de Theth propose des cours intensifs entre novembre et avril, permettant aux jeunes de 6 à 14 ans de rejoindre les alpages dès mai. Les instituteurs locaux intègrent des modules sur la reconnaissance des plantes médicinales et la lecture des registres de droits d’usage. Parallèlement, l’université de Tirana a lancé en 2024 un programme de formation hybride qui délivre un certificat en gestion pastorale durable. Une quinzaine de jeunes bergers ont déjà obtenu ce diplôme tout en maintenant leur troupeau familial. Cette articulation entre tradition orale et enseignement formel renforce la résilience du mode de vie alpin face à l’exode rural.

Les chiens de berger Šarplaninac et la protection des troupeaux

Le Šarplaninac, chien de montagne albanais, accompagne chaque troupeau de Theth et Valbona. Ces molosses de 40 à 50 kilogrammes patrouillent jour et nuit autour des enclos, détectant la présence de loups jusqu’à 300 mètres. Depuis 2021, le parc national a mis en place un programme d’élevage sélectif qui a permis d’équiper 47 familles supplémentaires. Les statistiques du parc montrent une réduction de 62 % des attaques sur les troupeaux depuis l’introduction de ces chiens entraînés. Les bergers organisent chaque printemps un concours de dressage où les plus jeunes chiens sont évalués sur leur capacité à ramener les brebis égarées sans aboyer inutilement. Cette tradition renforce la cohésion entre les familles et assure la pérennité d’une race reconnue patrimoine vivant de l’Albanie.

Gastronomie pastorale au-delà du fromage

Outre le kaçkavall et le mishavin, les bergers de Theth et Valbona préparent des plats ancestraux qui varient selon les saisons. Le « flija » cuit sur pierre chaude, garni de crème de brebis et de miel de genêt, constitue le plat de bienvenue lors des arrivées en alpage. Le « byrek me mish » fourré de viande de chèvre séchée au vent complète les provisions hivernales. Depuis 2025, une auberge de Valbona propose des ateliers culinaires animés par les épouses des bergers ; plus de 180 visiteurs y ont appris à confectionner le « gjalpë i shkrirë ». Ces expériences génèrent un revenu complémentaire tout en diffusant les savoir-faire culinaires alpins auprès d’un public international.

Ces derniers bergers perpétuent aussi une part de l’histoire albanaise, tant leur mode de vie a traversé les régimes politiques sans changer fondamentalement.

Cartographie et préservation des sentiers de transhumance

Les 47 points d’eau et les 12 passages muletiers historiques reliant les plaines de Shkodra aux alpages ont été cartographiés en 2024 par le parc national en partenariat avec les bergers. Un système de balisage en pierre sèche, invisible pour les randonneurs mais repérable par les troupeaux, a été installé sur 8 kilomètres de sentiers prioritaires. Ces marquages, transmis oralement depuis des générations, sont désormais enregistrés dans une base de données géospatiale accessible aux services de secours. Cette initiative a permis de réduire de 40 % les interventions d’urgence sur le sentier Theth-Valbona tout en protégeant les droits d’usage ancestraux reconnus par la loi albanaise de 2017.

L’élevage ovin face au tourisme : un écart de revenus révélateur

Dans les vallées de Theth et Valbona, l’élevage ovin génère un chiffre d’affaires annuel estimé à 1,8 million d’euros pour les quelque 180 familles encore actives. Ce montant provient essentiellement de la vente de fromage de brebis et de viande sur les marchés de Shkodër et de Tirana. En comparaison, le tourisme estival injecte plus de 6 millions d’euros dans la même zone, mais ces recettes restent concentrées sur quatre mois et profitent surtout aux propriétaires de guesthouses. Les bergers, eux, perçoivent en moyenne 3200 euros par an, soit trois fois moins qu’un employé saisonnier dans l’hôtellerie locale. Contrairement au Monténégro voisin, où les subventions pastorales couvrent jusqu’à 35 % des revenus, l’Albanie n’offre aucun soutien direct, obligeant les éleveurs à maintenir des troupeaux de taille modeste, autour de 80 têtes par famille. Cette réalité économique explique le maintien de la transhumance traditionnelle entre Theth et Valbona, pratique qui permet de réduire les coûts d’affouragement tout en préservant des pâturages d’altitude fragiles. Malgré la pression touristique croissante, ces chiffres soulignent la résilience d’une activité qui continue de structurer l’identité et l’économie discrète des Alpes albanaises.

Questions frequentes

Combien de bergers pratiquent encore la transhumance dans les Alpes albanaises en 2026 ?

Environ 180 à 220 familles continuent la transhumance saisonnière entre les vallées de Theth et Valbona. Ces chiffres proviennent des associations pastorales locales et des relevés du parc national. La plupart descendent vers les plaines de Shkodra en octobre et remontent en mai. Ce nombre diminue lentement mais reste stable grâce aux subventions européennes pour les races locales.

Quelle est la fonction exacte d’une kulla dans la vie des bergers ?

La kulla sert à la fois d’habitation fortifiée et d’abri pour les troupeaux en hiver. Construite en pierre sèche sur trois étages, elle protège contre les raids historiques et les intempéries. Aujourd’hui, une trentaine de ces tours sont encore occupées toute l’année à Theth. Les bergers y stockent le fromage et les outils pendant la transhumance.

Comment la besa influence-t-elle l’hospitalité des bergers albanais ?

La besa impose un devoir absolu d’accueil et de protection envers tout visiteur. Un berger qui rompt la besa perd son honneur dans toute la vallée. Ce code explique pourquoi plus de 95 % des randonneurs signalent avoir été invités à partager un repas sans contrepartie. La tradition reste vivante même chez les jeunes générations.

Quelles races de moutons et de chèvres sont élevées dans les Alpes albanaises ?

Les bergers élèvent principalement la race locale de mouton Shkodrane et la chèvre de Dukagjin. Ces animaux rustiques supportent les hivers rigoureux et produisent un lait riche en matière grasse. Environ 12 000 têtes paissent sur les alpages du parc national chaque été, selon les données de 2025.

Peut-on observer la transhumance lors d’un trek à Theth-Valbona ?

Oui, le sentier classique Theth-Valbona croise régulièrement les troupeaux entre mai et octobre. Les bergers acceptent souvent de poser pour les photos si on respecte la besa. Le meilleur moment est début juin, lorsque les familles remontent avec 300 à 500 animaux par groupe.

La vie pastorale est-elle menacée par le tourisme dans les Alpes albanaises ?

Le tourisme génère des revenus complémentaires mais crée aussi des conflits d’usage des alpages. Depuis 2022, le parc national limite le nombre de gîtes à 120 pour préserver les pâtures. Beaucoup de bergers combinent désormais élevage et accueil touristique tout en respectant les règles ancestrales.

Quels fromages traditionnels produisent les bergers de Theth et Valbona ?

Les bergers fabriquent principalement le kaçkavall, un fromage de brebis affiné trois mois, et le mishavin, fromage frais au lait de chèvre. Ces produits sont vendus sur les marchés de Shkodra et exportés vers l’Union européenne depuis 2024. La production annuelle atteint environ 85 tonnes dans le seul parc national.

Comment le changement climatique affecte-t-il la transhumance en 2026 ?

Les dates de montée en alpage ont avancé de 18 jours depuis 1990. Certains pâturages au-dessus de 2 000 mètres souffrent de sécheresse, obligeant les bergers à compléter avec du foin. Le parc national a lancé un programme de rotation des parcelles pour préserver la biodiversité alpine.

Quel rôle jouent les femmes dans la production fromagère des alpages ?

Les femmes assurent 68 % de la transformation du lait en fromages labellisés. Elles maîtrisent les techniques de fabrication du kaçkavall et du mishavin tout en gérant les stocks dans les caves des kulla à 12 °C. Une coopérative féminine de Valbona exporte 12 tonnes par an vers l’Italie et l’Autriche.

Comment les bergers protègent-ils leurs troupeaux des loups dans le parc national ?

Les bergers utilisent principalement des chiens de race Šarplaninac. La population de loups est estimée à 25 individus dans le massif. Depuis 2021, 32 abreuvoirs en pierre ont été installés pour limiter le piétinement près des points d’eau et réduire les conflits avec la faune sauvage.