« Dans ces montagnes, l’homme et la bête marchent ensemble depuis des siècles, liés par un pacte plus ancien que les lois des rois. » — Edith Durham, High Albania, 1909 D’autres massifs montagneux des Balkans offrent des traditions pastorales similaires, comme le documente ce guide sur la Bulgarie.
Dans les Alpes albanaises, des familles continuent de pratiquer la transhumance entre les vallées et les alpages de Theth et Valbona. Les troupeaux et les kulla en pierre restent associés à la production de fromages et à une hospitalité montagnarde bien connue. Pour organiser cette immersion, le guide de trekking dans les Alpes albanaises entre Valbona et Theth reste la référence la plus complète. Cette hospitalité montagnarde rejoint la besa, code d’honneur albanais, qui structure encore aujourd’hui les rapports sociaux dans les villages reculés. Les kullas en pierre des Alpes albanaises ont aussi été des refuges dans les logiques de vendetta ancestrale, cf le Kanun et la vendetta albanaise. Pour ceux qui planifient ce trek, le guide du budget voyage en Albanie détaille les coûts d’hébergement en guesthouse dans ces vallées reculées.
En bref : La vie pastorale à Theth et Valbona révèle un mode d’existence millénaire fondé sur la transhumance, les kulla et le code de la besa. Pour approfondir les fondements culturels de cet honneur albanais, découvrez notre article sur la besa et l’honneur albanais.
À retenir : la transhumance saisonnière existe encore entre Theth et Valbona, même si elle est fragilisée par l’exode rural. La besa est souvent associée à un idéal d’accueil et de protection de l’hôte, sans qu’il soit pertinent d’en déduire un taux précis pour les visiteurs.
Les Alpes albanaises, berceau d’une pastoralité millénaire
Les Alpes albanaises, situées au nord du pays, culminent à 2 694 mètres au mont Jezercë. Ce massif calcaire abrite l’un des derniers systèmes pastoraux traditionnels d’Europe. Theth et Valbona forment les deux pôles principaux de cette activité. Les hivers y sont longs et rigoureux, avec des températures descendant souvent sous –15 °C. Les étés courts mais lumineux permettent une pousse rapide de l’herbe alpine.
Les pratiques pastorales des Alpes albanaises sont anciennes et se transmettent surtout par la mémoire familiale et l’observation du terrain. Leur évolution exacte varie selon les vallées ; aujourd’hui, la transhumance continue de structurer une partie du calendrier et de l’économie locale.
La transhumance : un ballet saisonnier précis
La transhumance commence généralement au printemps, lorsque les conditions permettent de gagner les pâturages d’altitude. Les troupeaux empruntent des itinéraires de montagne connus des familles, puis redescendent à l’approche de l’hiver. Les dates et la durée du trajet varient selon la météo, les vallées et les exploitations.
Les bergers connaissent les points d’eau et les passages praticables le long des itinéraires. Les troupeaux traversent parfois des zones touristiques, obligeant les randonneurs à s’écarter. Les sentiers évoluent avec la météo et les usages locaux : il est donc préférable de demander conseil sur place plutôt que de se fier à une carte supposée exhaustive.
Les kulla en pierre : forteresses et maisons de bergers
Les kulla constituent l’architecture emblématique des Alpes albanaises. Ces tours en pierre sèche pouvaient associer espace domestique, rangement et protection. Le rez-de-chaussée servait parfois d’étable, tandis que les étages supérieurs abritaient la famille. Certaines kulla sont encore conservées ou habitées à Theth, d’autres ont été restaurées pour accueillir des visiteurs.
La construction sans mortier exige un savoir-faire transmis de père en fils. Les murs atteignent parfois 1,20 mètre d’épaisseur, offrant une isolation naturelle contre le froid. À l’intérieur, une cheminée centrale chauffe toute la tour. Les bergers y fabriquent et conservent le fromage dans des conditions idéales de température et d’humidité.
La besa, socle de l’hospitalité pastorale
La besa représente bien plus qu’une simple promesse. Ce code d’honneur oblige tout berger à accueillir et protéger tout étranger qui franchit le seuil de sa kulla. En cas de danger, le visiteur devient intouchable pendant trois jours et trois nuits. Cette règle explique pourquoi les Alpes albanaises ont offert un refuge sûr à de nombreux étrangers au fil des siècles.
Les bergers appliquent toujours la besa avec une rigueur absolue. Un randonneur égaré sera nourri, logé et guidé jusqu’au village suivant sans jamais demander de paiement. Cette pratique contraste fortement avec les mentalités urbaines et constitue l’un des principaux attraits culturels de la région.
Vie quotidienne d’un berger à Theth
Un berger type se lève à 4 h 30 du matin pendant la période d’alpage. Il trait les chèvres et les brebis avant que le soleil ne chauffe les pierres. Le lait est transformé sur place en fromage et en beurre. Vers 8 heures, les animaux partent paître sous la surveillance d’un jeune berger ou d’un chien de montagne.
Les grandes étapes de la journée d’un berger à Theth :
- 4 h 30 — traite des chèvres et des brebis avant la chaleur
- Transformation immédiate du lait en fromage et en beurre
- 8 h — départ des troupeaux vers les alpages, sous surveillance
- Après-midi — entretien des enclos et réparation des outils
- Soir — veillée autour du feu, transmission orale des savoirs

L’après-midi est consacré à l’entretien des enclos et à la réparation des outils. Le soir, la famille se réunit autour du feu pour discuter des nouvelles de la vallée. Le rituel du café albanais rythme ces moments de convivialité. Les conversations durent souvent plusieurs heures, permettant de transmettre les savoirs ancestraux aux plus jeunes.
Défis contemporains et adaptations
Le réchauffement climatique peut modifier les dates de transhumance et la disponibilité de l’eau. Certains alpages d’altitude connaissent des périodes de sécheresse estivale. Les bergers adaptent leurs itinéraires et complètent parfois l’alimentation des animaux avec du foin acheté.
Le tourisme représente à la fois une opportunité et une contrainte. Certaines familles proposent des séjours chez l’habitant ou valorisent des kulla restaurées. Les revenus supplémentaires peuvent aider à entretenir les troupeaux, mais la présence de randonneurs perturbe parfois le rythme des animaux.
Le lien entre pastoralité et trekking dans les Alpes albanaises
Le sentier Theth-Valbona, long de 17 kilomètres, traverse plusieurs zones de pâturage actif. Les marcheurs croisent régulièrement des troupeaux et peuvent observer les bergers au travail. Cette cohabitation pacifique constitue l’un des charmes uniques de ce trek. Les offices de tourisme recommandent de partir tôt le matin pour éviter les heures de traite.
Comparaisons avec d’autres régions pastorales balkaniques
La transhumance albanaise présente des similitudes avec celle observée en Bulgarie ou en Roumanie, mais la besa lui confère une dimension éthique particulière. Alors que dans d’autres pays les bergers se montrent parfois plus méfiants, l’accueil albanais reste inconditionnel. Cette différence culturelle attire de nombreux visiteurs européens en quête d’authenticité.
Perspectives pour la préservation de la vie pastorale
Des programmes publics et européens peuvent soutenir la formation des jeunes bergers, la restauration du bâti et la valorisation des fromages alpins. La préservation de cette activité dépend surtout de la transmission des savoir-faire, de l’accès aux pâturages et de la possibilité pour les familles de vivre de leur travail. La besa demeure un repère culturel, mais ses usages varient selon les communautés.
Histoire ancienne de la transhumance dans les Balkans du Nord
Les pratiques pastorales des Alpes albanaises s’inscrivent dans une histoire ancienne de déplacements saisonniers et d’usages collectifs de la montagne. Les formes précises de cette histoire ont évolué sous les administrations successives et ne peuvent pas être reconstituées à partir de prétendus registres locaux non vérifiés. Aujourd’hui encore, les familles s’appuient sur une mémoire orale et sur des règles locales pour organiser l’accès aux pâturages.
Rôle des femmes dans l’économie pastorale de Theth
Si les hommes conduisent souvent les troupeaux sur les sentiers, les femmes jouent fréquemment un rôle important dans la transformation du lait, la gestion des stocks et l’accueil. La fabrication des fromages comme le kaçkavall repose sur un savoir-faire transmis dans les familles. Les jeunes apprennent aussi à reconnaître certaines plantes de montagne, en complément des connaissances vétérinaires modernes. Ce répertoire nourrit la pharmacopée populaire albanaise, un sujet exploré dans notre entretien avec un herboriste sur la médecine traditionnelle albanaise.
Cette vie pastorale traditionnelle explique aussi en partie la mentalité et la culture des femmes albanaises, profondément marquées par les valeurs rurales et communautaires de ces vallées reculées.
Fromages et produits laitiers des alpages albanais
L’organisation collective de la transhumance dans ces vallées rappelle d’autres systèmes pastoraux traditionnels des Balkans, documentés sur ce site consacre a la Bulgarie.

Le kaçkavall et d’autres fromages de montagne sont préparés selon des recettes familiales dont le goût dépend du lait, de l’affinage et des saisons. Le mishavin est généralement décrit comme un fromage frais. Le beurre clarifié, appelé « gjalpë i shkrirë », et la laine peuvent également compléter les produits vendus par les familles. Les débouchés restent surtout locaux et dépendent des règles sanitaires et de la demande.
Biodiversité et impact environnemental du pastoralisme
Les troupeaux peuvent entretenir une mosaïque de pelouses alpines, mais un pâturage trop intense et le piétinement près des points d’eau favorisent l’érosion. La gestion des pâturages doit donc tenir compte de la biodiversité, des besoins des éleveurs et de la présence de grands carnivores. Les chiens de montagne restent un moyen courant de protéger les troupeaux, sans qu’un décompte précis de la faune ou des équipements puisse être avancé ici.
Témoignages de bergers : récits de 2025 et 2026
Les récits de familles pastorales montrent une adaptation constante : certaines combinent élevage, transformation laitière et accueil de randonneurs, tandis que d’autres se consacrent davantage aux troupeaux. Ces expériences ne doivent pas être présentées comme des témoignages documentés sans source identifiable. Elles illustrent néanmoins les arbitrages réels entre revenus, entretien du bâti et respect des cycles naturels.
Rituels et fêtes pastorales dans les vallées
Les fêtes liées à la montée ou à la descente des troupeaux peuvent réunir familles et villageois autour d’un repas, de musique et de récits. Leur calendrier et leurs formes varient selon les vallées. La transmission orale des chants pastoraux, parfois accompagnés de flûte, reste associée à ces moments de rassemblement.
L’éducation des enfants bergers et la transmission des savoirs
Dans les vallées de Theth et Valbona, la scolarité des enfants des familles pastorales doit parfois composer avec les déplacements saisonniers et l’éloignement. La transmission des plantes, des itinéraires et des gestes d’élevage se fait surtout dans les familles, tandis que les formations agricoles peuvent apporter des connaissances complémentaires. Cette articulation entre tradition orale et enseignement formel aide à faire évoluer le mode de vie alpin face à l’exode rural.
Les chiens de berger Šarplaninac et la protection des troupeaux
Des chiens de montagne, dont le šarplaninac dans certaines familles, accompagnent les troupeaux et dissuadent les prédateurs. Leur rôle dépend de l’élevage et du relief ; les distances de détection, les effectifs et les taux d’attaques varient selon les situations. Les bergers peuvent aussi transmettre des pratiques de dressage et de surveillance entre générations.
Gastronomie pastorale au-delà du fromage
Outre le kaçkavall et le mishavin, les bergers de Theth et Valbona préparent des plats qui varient selon les saisons. Le « flija » cuit sur pierre chaude et les préparations à base de lait font partie des savoir-faire associés à l’accueil en montagne. Des ateliers culinaires peuvent être proposés ponctuellement par des auberges ou des associations ; leurs dates et leur fréquentation doivent être confirmées localement.
Ces derniers bergers perpétuent aussi une part de l’histoire albanaise, tant leur mode de vie a traversé les régimes politiques sans changer fondamentalement.
Cartographie et préservation des sentiers de transhumance
Les points d’eau et les passages de transhumance sont connus localement et peuvent faire l’objet de cartes ou de balisages ponctuels. Les itinéraires changent avec les travaux, les saisons et les besoins des troupeaux ; les randonneurs doivent suivre la signalisation disponible et demander conseil aux habitants. La préservation des droits d’usage passe par un dialogue entre éleveurs, gestionnaires et visiteurs.
L’élevage ovin face au tourisme : un écart de revenus révélateur
Dans les vallées de Theth et Valbona, l’élevage ovin et caprin apporte des revenus issus du fromage, de la viande, de la laine et parfois de l’accueil. Le tourisme estival offre une ressource complémentaire, mais ses recettes sont saisonnières et inégalement réparties. La transhumance permet de valoriser les pâturages d’altitude et de limiter certains coûts d’affouragement ; sa viabilité dépend toutefois des prix, de la main-d’œuvre et des soutiens disponibles.
| Indicateur économique | Élevage ovin | Tourisme estival |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires annuel (vallées Theth-Valbona) | variable selon les familles | variable selon les saisons |
| Saisonnalité des revenus | Toute l’année | Concentrés sur 4 mois |
| Revenu annuel moyen par berger | non établi ici | — |
| Subvention pastorale publique | Aucune (Albanie) | — |
| Comparaison Monténégro | à vérifier selon les programmes | — |
| Taille moyenne du troupeau | variable selon la famille et la saison | — |
Pour observer cette vie pastorale avec respect, il faut accepter un rythme différent de celui d’une excursion classique. Les troupeaux ne sont pas un décor et les kulla ne sont pas des monuments abandonnés : ce sont des lieux de travail, de stockage et de vie familiale. Un voyageur peut demander avant de photographier, éviter de bloquer un passage et garder ses distances avec les animaux. Ces gestes simples rendent la rencontre plus agréable pour les habitants comme pour les visiteurs.
La production dépend du relief, de l’eau disponible, de la saison et du nombre de personnes qui restent dans la vallée. Une famille peut choisir de conserver une partie du lait, de vendre sa production sur un marché proche ou de la proposer directement à une guesthouse. Les pratiques ne sont donc pas identiques d’un hameau à l’autre. Parler d’un modèle unique donnerait une image trompeuse de la montagne.
Le tourisme peut aider à maintenir une activité, mais il ne remplace pas l’élevage et ne doit pas imposer son calendrier. Une visite courte, un achat auprès d’un producteur clairement identifié ou une nuit dans une structure déclarée peuvent soutenir l’économie locale. Il est également utile de demander comment sont organisés l’eau, les déchets et l’accès aux pâturages avant de s’installer dans un endroit isolé.
La transmission des savoir-faire passe par l’observation quotidienne : préparer le lait, entretenir les clôtures, reconnaître les passages praticables et lire les changements du temps. Les jeunes peuvent combiner ces connaissances avec une formation scolaire ou une activité liée à l’accueil. Cette combinaison explique pourquoi la pastoralisme contemporain ne se résume ni à une tradition figée ni à une attraction touristique.
Enfin, les paysages de Theth et de Valbona sont fragiles. Les sentiers, les sources et les prairies supportent mal les usages désordonnés. Rester sur les chemins, rapporter ses déchets et respecter les consignes du parc sont des manières concrètes de protéger l’espace dont dépendent les familles pastorales. Le meilleur souvenir reste une rencontre consentie, sans promesse excessive et sans transformer une personne en personnage folklorique.